La femme en vert - Arnaldur Indridason

Après avoir largement exploré le répertoire ibérique de Léonardo Padura, celui africain de Deon Meyer, me voilà orientée vers des contrées plus nordiques avec Arnaldur Indridason. On reste dans le roman policier avec comme protagoniste un homme un poil blasé, avec une vie personnelle compliquée ou quasi-inexistante, qui fait de lui un policier (presque) totalement accaparé par ses enquêtes. L'histoire se situe en Islande. Erlendur Sveinsson a épousé une femme rencontrée dans un bar, Halldora, avec qui il a eu deux enfants, Eva Lind et Sindri Snaer. Il a quitté le domicile familial, et n'a plus que des relations tendues avec ses enfants après des années de séparation. Erlendur est aussi un enquêteur brillant, passionné par les choses enfouies, les anciennes disparitions, les énigmes qu'il faudra résoudre. Ici tout commence avec la découverte d'un squelette enseveli sous les fondations de nouvelles maisons en construction. Il y a, en parallèle, l'histoire de cette femme acculée et violentée par son mari, et de ses trois enfants. Il y a aussi la fiancée de Benjamin dont le fantôme vient embrouiller les pistes. Mais qui est donc la femme en vert ?

"Elle s'approche du lit
En socquettes
Blondes sont ses bouclettes
A ma petite blondinette..."

L'écriture est fluide, les personnages intéressants et fouillés surtout en ce qui concerne Erlendur (on reste encore dans l'expectative pour ses coéquipiers), à creuser je pense pour parfaire mon idée. Au delà du style, j'ai été séduite par la façon dont les histoires sont ici habilement mêlées, et finalement agréablement surprise de ne pas avoir vu le lien au moins avant quelques pages. A bientôt donc Erlendur...

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Présentation de l'éditeur :

Dans un jardin sur les hauteurs de Reykjavik, un bébé mâchouille un objet étrange... Un os humain ! Enterré sur cette colline depuis un demi-siècle, le squelette mystérieux livre peu d'indices au commissaire Erlendur. L'enquête remonte jusqu'à la famille qui vivait là pendant la Seconde Guerre mondiale, mettant au jour les traces effacées par la neige, les cris étouffés sous la glace d'une Islande sombre et fantomatique...

La femme en vert de Arnaldur Indridason, aux éditions Points, 2007, 346 pages.

Alabama Song - Gilles Leroy

Zelda, une femme racontée par cet homme, Gilles Leroy, avec féminité, fragilité et grandeur. Zelda aux boucles blondes et à la très fine silhouette, rencontre Francis Scott Fitzgerald qui la "sauve" de son Alabama. Elle laisse ainsi derrière elle sa mère et sa petite vie dénuée d'ambition, son père, le Juge, et sa froideur, les amants éconduits pas assez biens pour elle... "Ce qui nous a rapprochés ? L'ambition, la danse, l'alcool -- oui bien sûr. Ce désir bleu de briller. Aucun éther n'était assez haut ni puissant. Scott et Moi, on est des gosses de vieux. Les gosses de vieux sont tarés, c'est connu, avéré." Jeunes et beaux, sur la pente ascendante, ils brillent ensemble de mille feux.

Zelda fascine, provoque... puis s'ennuie aux bras de son mari. Ailleurs alors, elle cherche une raison d'être, trouve brièvement l'amour avec l'aviateur, écrit, s'adonne avec passion et acharnement à la danse et la peinture. "Je me serai mieux qu'accommodée d'une bicoque en bois de mer sur la plage de Fréjus ou de Juan, où il aurait écrit, où j'aurais dansé, où j'aurais peint, où il aurait écrit jour et nuit, où j'aurais peint le jour, dansé la nuit. On aurait eu une vie formidable."

Pour la dompter, son mari Scott , écrivain reconnu (puis déchu), la fait enfermer. Les cliniques, les asiles, son mari la dépossèdent de son corps, de sa propre vie. Et pourtant elle ne peut vivre sans lui...

"Je volerai comme un oiseau, je volerai pour toi si seulement tu m'aimes. - Alors, vole. - Je ne peux pas voler, mais aime-moi quand même. - Pauvre enfant sans ailes. - C'est si difficile de m'aimer ?". Zelda Fitzgerald, Accordez-moi cette valse.

Gilles Leroy nous livre ici avec finesse sa vision (puisque c'est une fiction) de la vie tourmentée de cette femme qui tente de vivre à travers cet homme, sa déchéance et sa raison de vivre. C'est beau et émouvant. Merci, Gilles Leroy, ce fut un plaisir de rencontrer votre Zelda.

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Présentation de l'éditeur :

Alabama, 1918. Quand Zelda, " Belle du Sud ", rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout - New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes... Gilles Leroy s'est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister.. . Mêlant éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand " roman américain ".

Alabama Song de Gilles Leroy, aux éditions Gallimard, 2009, 218 pages.

Grand huit - Isabelle Kauffmann

"La Bugatti pile sur la route déserte. Nuage de poussière au milieu de l'immense plaine quadrillée des champs de blé, de houblon, de colza. La collision a été évitée de justesse." La nouvelle vie de Kitz commence ainsi. Kitz emporte David avec lui. Il fabrique des jouets, David grandit, imagine puis fabrique des jouets lui aussi. Petite vie a priori tranquille - quoiqu'un peu restreinte - qui bascule un jour soudainement. L'histoire devient trépidante / intrigante avec une gageure pour Kitz : donner du temps à sa femme (en dédommagement des (tristes) années passées ensemble) et à son frère (en compensation des années terribles vécues après son "abandon"). Une cartomancienne bulgare et deux chercheurs un peu décatis vont tenter d'aider Kitz. Mais peut-on réellement remonter le temps ? L'écriture est fluide et entraînante, l'histoire est plus laborieuse pour moi par moments, le dénouement n'est pas simple ni évident. A lire donc pour découvrir l'histoire et l'ambiance du deuxième roman d'Isabelle Kauffman...

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Présentation de l'éditeur :

" Il y a une Bugatti qui file en 1924 dans la plaine d’Alsace, un homme trahi et un bébé abandonné. Une voyante bulgare qui tire des cartes singulières, une femme mélancolique effaçant les lignes droites ; d’abjects coups de téléphone. Il y a un petit garçon qui invente des jouets, deux scientifiques dans un laboratoire surchauffé, des espoirs ravivés et des secrets inavouables. Dix-sept enfants noirs sur une plage de Zanzibar, des vagues qui se brisent, des amants égarés. Il y a les théories d’Einstein en pleine évolution, des trouvailles fortuites, des erreurs de calcul. Il y a une fête foraine, la nuit. Et au coeur des volutes de tous ces destins, Kitz cherche la réponse à une question désespérée : comment payer ses dettes lorsqu’on doit rembourser, non de l’argent, mais du temps ?

Grand huit d'Isabelle Kauffmann, aux éditions Le Passage, 2011, 286 pages.

Une parenthèse

Parfois le temps passe vite ou pas assez, l'omission est facile, le retour un peu moins. Pourtant les livres ne nous quittent jamais vraiment.

Qui a tué Palomino Molero - Mario Vargas Llosa

Ouragan - Laurent Gaudé

Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé

Passé parfait - Leonardo Padura

Vent de Carème - Leonardo Padura

Electre à la Havane - Leonardo Padura

L'automne à Cuba - Leonardo Padura

Le mec de la tombe d'à côté - Katarina Mazetti

Le palais des miroirs - Amitav Ghosh

Dernière nuit à Twisted river - John Irving

Les brumes du passé - Leonardo Padura

A marche forcée - Slavomir Rawicz

Les soldats de l'aube - Deon Meyer ...

Le cantique des plaines - Nancy Huston

Le cantique des plaines est l'histoire de Paddon racontée par Paula : "Et voici comment je m'imagine ton agonie ... Je vois une route qui traverse la plaine en une courbe infinie ... désormais tu fais partie de cette route, Paddon, ce long ruban gris ...", une lettre d'adieu remplie d'émotions. Cette histoire est aussi l'histoire de plusieurs hommes et femmes, sur le pouvoir de la foi, sur l'évangélisation et l'endoctrinement des indiens, sur l'amour. "Quand j'avais six ans, me hissant à tes côtés sur le banc du piano, tu m'as raconté l'histoire du chat Scarlatti. Un jour, Paula, dis-tu, le chat de Scarlatti a traversé délicatement le clavier du clavecin, posant ses pattes de façon à la fois précise et aléatoire, tous les cinq demi-tons environ, et le musicien a composé une fugue avec la mélodie ainsi produite. Voilà, conclus-tu : ça c'est l'amour."

Paddon est le fils de John et de Mildred Sterling. La famille Sterling est venue s'installer au Canada suivant la promesse d'or et de terres fertiles dans le grand nord (une sorte d'Eldorado). Mais de l'or, ils n'en trouvèrent point, et le froid rendait les terres arides et peu fécondes. John s'usa vite, aidé par l'alcool, et désespérait de voir son fils préférer le piano aux activités plus "viriles". Mildred était une femme pieuse et besogneuse : "La propreté est le chemin vers la sainteté...". La sœur de Paddon, Élisabeth, suivit la voie de Dieu et partit en Haïti apporter la bonne parole aux "sauvages". L'apport du christianisme et l'obligation pour les haïtiens de se convertir fut un désastre : "des microbes s'étaient emparés des corps vulnérables des enfants, de sorte que ceux-ci étaient maintenant de plus en plus nombreux à s'allonger par terre et à rouler des yeux vitreux et à rendre l'âme..Tout de même, disait-elle, l'important est de sortir ces pauvres pécheurs de leurs ténèbres, non ?". Paddon se maria avec Karen et eut trois enfants : Ruthie, Frankie et Johnny. Mais surtout il y eut Miranda ... "C'est une métisse sinon une Indienne à part entière et à la différence des autres elle ne porte pas de chapeau en laine, ses cheveux sont longs épais et ondulés, noirs et enchevêtrés, émaillés de minuscules mouchetures de couleur brillante ...". Paddon et Miranda s'aimèrent au premier regard. Elle lui apprit la tendresse, les couleurs, ce que les blancs leur avaient infligés. Une histoire d'amour pleine de métissage, de volupté ... qui finit mal.

C'est admirablement bien écrit, fluide et captivant même ce premier livre de Nancy Huston se démarque par ces longues phrases (plutôt très courtes dans ces romans récents) qui semblent vouloir nous conduire à lire tout d'un seul coup en retenant notre souffle ! Ce roman se veut presque historique parfois, et certains passages hautement réalistes font frissonner. Finalement, on reste agréablement bouleversé par cette lettre d'adieu particulièrement émouvante à un homme loin d'être parfait .

"Évidemment le chat de Scarlatti, au lieu de monter le clavier, aurait pu tout aussi bien le descendre voire le parcourir à reculons. Mais même si le thème de la fugue était joué à l'envers, il n'en irait pas moins vers l'avant, et même si les hommes marchaient constamment à reculons, ils n'en continueraient pas moins d'avancer dans le temps..."

Lecantiquedesplaines.jpgMot de l'éditeur :

Quatre générations d’une famille d’immigrants, les Sterling, ont pris souche dans les plaines de l’Alberta (Canada), entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe. L’un d’entre eux, Paddon, a tout connu de leur existence. Mais, quand commence ce roman, Paddon vient de mourir. Et c’est à ce grand-père adoré, fils de pionniers en terre indienne, que la narratrice, Paula, adresse un ample récit en forme d’adieu. L’enfance de Paddon, ses démêlés avec son père, son mariage avec la vertueuse Karen, ses déconvenues de chef de famille, ses déboires d’enseignant, son chimérique projet d’écrire un traité philosophique du temps, sa rencontre avec l’Indienne Miranda, amante prodigue qui le bouleverse en lui révélant enfin l’envers de la civilisation blanche et la vraie beauté du monde — tout ce qu’a vécu cet homme si magnifiquement, si exemplairement ordinaire est ici évoqué avec un lyrisme sans pareil.

Le cantique des plaines de Nancy Huston, aux éditions Actes Sud, 1993, 319 pages.

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