Doggy Bag

Je viens de terminer les deux premiers tomes (premières saisons ?) de la « série américaine » de Philippe Djian. Et Djian, depuis un petit moment me fatigue un peu avec ces types bourrés de frics complètement blasés qui passent leur temps à s’envoyer des putes et leur meilleures copines tout en roulant à 220 après avoir descendu 13 magnums de Dom Pérignon… Sexe / alcool / éventuellement came / nom de marques à tout bout de champs / fric / pognon / oseille / maille / fric / fric / encore un peu fric / personnages caractériels / fric / sexe... Tous ces réflexes là sont vraiment navrants. J’ai été habitué à plus d’inventivité, plus de profondeur… Alors OK, cette fois il s’attelle à la transposition des codes des séries américaines à la littérature. Voilà qui est tellement arrangeant ! Ah !

Djian est fatiguant donc. Oui. Mais tellement doué… Les séries américaines c’est quoi finalement ? La mise en place de personnages hauts en couleurs que l’on trouve souvent franchement too much pour commencer, dans des situations franchement exagérées, mais qui très rapidement font un peu parti de notre vie, qui s’imposent à nous comme ça, insidieusement. C’est nos potes de la télé ! Et bien les bouquins de la série Doggy Bag, ça marche pareil. Quand je dis « ça marche pareil », je dis bien que ça marche. Alors je me fiches toujours éperdument de savoir que le magasin de Hi-Fi qui est pillé pendant le déluge est un magasin Bang & Olufsen, que machin porte du Ralph Lauren, machine du Vivianne Westwood, une autre trip à mort sur Bright Eyes, etc… ça c’est vraiment du racolage de bas étages, mais le reste est tellement bon… Peut être aussi que je suis étroit d’esprit. Que j’accepte volontiers ces raccourcis de tendances à la télé mais pas dans un bouquin. Peut être. N’empêche que de voir écrit iPod, Porsche et Mercedes sur la même page… Pourquoi pas Dolce & Gabbana pendant qu’on y est !

Je conclurai avec ma courte (et personnelle) analyse du titre de la série. Finalement pourquoi doggy bag ? Ce petit sac pour rapporter les restes d’un repas à la maison, pour finir plus tard ou pour son chien. Une habitude pas très européenne, qui ne nous est pas familière quoi qu’il en soit. Où oserait-on demander un sac pour emporter chez soi une assiette à moitié pleine si ce n’est dans un endroit pas très select ? Ou encore quel genre de nourriture pourrait bien nous pousser à utiliser un « doggy bag » si ce n’est assiette remplie de saletés délicieuses, de gras beurré tellement crémeux, de bidules chimiques complètement irrésistibles, de trucs pas très équilibrés à ce damner ? Le Doggy Bag de Djian, c’est un peu ça. Du pas très digeste irrésistible. Comme le coca et les chips en même temps. C’est pas bon, mais c’est bon. Je me dis qu’il m’a bien eu et que j’en veux encore de sa tambouille. Deux trois assiettes de plus.