Deux histoires mêlées : celle de Nadia, et celle de Barbe et Barnabé.

Nadia regarde en elle, ce qu’elle a vécu, ce que les gens autours d’elle ont vécu : ces parents, ses amants, ses amis … et le constat est amer. Nadia parle beaucoup de sa mère Elisa, comment elle l’a vu dépérir après la rencontre de son père Ronald. Elisa fut artiste musicienne, puis abandonna la musique pour son mari qui devint alcoolique, s’immergea dans la pénible monotonie des tâches quotidiennes et finit par s’évader … dans sa tête ! Plus que ça, Nadia (elle-même s’est renommée Nada, le néant) expose ses états d’âme, ses conversation avec le diable (Ô Daimon), son allié, son confident et sa source d’inspiration. Et Dieu ici n’a pas la part belle …

« Certains ont déménagés ; d’autres … se sont éloignés, … ; d’autres encore sont morts…, par leur propre main ou par la main de Dieu si tel est bien le nom de ce farceur sadique qui sème constamment la zizanie dans nos amours et dans nos espoirs, déchirant nos plans pour l’avenir et piétinant nos souvenirs du passé comme autant d’étincelles dans l’herbe après un feu de joie. »

Barbe et Barnabé naissent au 17ème siècle du ventre de Marthe que ne survivra pas à cet accouchement. Barnabé est confié à Dieu, son chemin ne sera qu’ascétisme, piété et dévotion. Barbe ira d’une maison à l’autre, une fois acceptée par Hélène comme enfant de la famille, et le plus souvent considérée comme une simple domestique. Barnabé suit la lumière de Dieu, Barbe le « côté obscur » ...

« … Mais c’est étrange, Et souvent pour nous entraîner à notre perte, Les instruments des ténèbres nous disent vrai ; Nous gagnent avec d’honnêtes vétilles, pour mieux Nous trahir en profondeur. Shakespeare, Macbeth. »

Ce sont de jolies histoires pleines de profondeur, de méandres, de tourments. C’est triste, mais peut être pas tant que ça. J’ai beaucoup aimé la façon d’écrire de Nancy Huston, et cela laisse le sentiment qu’elle se livre elle-même à travers l’univers mental délirant de Nadia. C’est simplement beau, troublant et envoûtant.

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Mot de l'éditeur :

" Bientôt cinquante ans : suis-je vieille ? D'après Stella, on voit qu'on commence à vieillir quand les gens cessent de vous traiter "d'épatante" et se mettent à vous traiter de " brave " ou de " pétillante ".. Mais pour le moment il me semble que ma beauté, plutôt que se faner ne fait que s'infuser comme du bon thé, devenant chaque jour plus âpre et plus savoureuse. Combien d'hommes ont rendu visite à mon corps ? "

Une Américaine, écrivain, décide de retracer le parcours de jumeaux orphelins nés au XVIIIe siècle. Peu à peu, la vie de la narratrice rejoint l'histoire qu'elle a entrepris de raconter. A travers plus de deux siècles, Nadia et Barbe deviennent jumelles dans la négation de leur identité et de leur souffrance.

L’instrument des ténèbres de Nancy Huston, aux éditions J’ai lu, 1996, 251 pages.