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Loin de Chandigarh - Tarun J Tejpal

"Les divagations des puritains et des moralistes sont les cris angoissés de ceux dont le corps n'a pu trouver le chemin de la félicité. Quand je vois le clergé - hindou,musulman, chrétien- vitupérer les instincts de la chair, je vois des hommes égarés, furieux et frustrés. Incapables de découvrir les glorieux exploits du corps, de discerner la route qui mène au plaisir suprême, ils s'emploient à désorienter les autres voyageurs. Impuissants à détecter leurs synapses sexuelles, ils déclenchent la guerre entre notre corps et notre esprit. Certes il existe des êtres purement spirituels, comme existe le rhinocéros à une corne, mais ils sont rares et aisément identifiables. Pour le reste d'entre nous, le corps est le temple." Le ton est donné : Loin de Chandigarh est une histoire d'amour et de sensualité. Il est journaliste et partage sa vie avec Fizz . Sa description de Fizz commence par leur rencontre : "Tout en elle brillait". Fizz est pour lui une femme qui illumine, qui irradie tout autour d'elle. Sa relation avec Fizz n'est que désir et volupté ... Et pourtant ce matin là il se réveilla sans désir, Fizz à ses côtés. Que s'était il passé ? De Dehli jusqu'à Gethia, on suit ce jeune couple d'amoureux fusionnels à la recherche de sensations ... Du journalisme à l'écriture, le narrateur se cherche, le corps de Fizz est salvateur. Des carnets intimes (et érotiques) issus d'un autre temps viendront alors bouleverser l'équilibre charnel de ces deux êtres. On voyage dans le temps sans s'en lasser, on se laisse porter par cette histoire . L'inde est omniprésente : sa culture, ses villes chaotiques, sa nature odorante, un tout toujours étonnant. Le texte est beau et riche, les émotions sont palpables et débordantes. "L'amour n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C'est le sexe": cette phrase est la première phrase du livre, à votre avis quelle est la dernière ?

LoindeChandigarh.jpg Mot de l'éditeur :

L’Inde du nord à la fin des années 1990. Depuis quinze ans, un journaliste et son envoûtante femme Fizz vivent une intense passion amoureuse entre Chandigarh et Delhi. Mais une étrange découverte dans leur vieille maison, accrochée aux contreforts de l’Himalaya, fait basculer leur couple. Soixante-quatre épais cahiers reliés de cuir livrent les secrets de Catherine, une intrépide aventurière américaine et précédente propriétaire de la maison. Subjugué par la lecture de ces carnets très intimes, le narrateur s’éloigne peu à peu de Fizz. Le journal de Catherine l’entraîne à Chicago, Londres et Paris au tournant du XXème siècle, puis dans le tourbillon de l’histoire de l’Inde à la veille de son indépendance. Il lui apporte aussi les clefs des énigmes de l’alchimie du désir et de l’amour. Porté par une écriture forte et incantatoire, sans concession pour les nostalgies de l’orientalisme, et traversé par un érotisme puissant, Loin de Chandigarh fait de Tarun J Tejpal l’écrivain le plus important de sa génération.

Loin de Chandigarh de Tarun J Tejpal, aux éditions LGF, 2007, 692 pages.

La Maîtresse des épices - Chitra Barnejee Divakaruni

La Maîtresse des épices et une sorte de conte de fée à l'indienne. C'est aussi et surtout l'histoire de Tilo, ou Tilottama (graine de sésame brunie au soleil) qui fut aussi jadis Nayan thârâ. Née avec un don, Tilo trouvera sur une île un sens à sa vie : devenir Maîtresse des épices. "Je suis Maîtresse des épices. J'ai aussi appris à travailler d'autres matériaux. Les minéraux, les métaux, la terre, le sable et la pierre. Les gemmes avec leur eau pure et froide. Les liquides qui embrasent la vue de leurs teintes aveuglantes. J'ai appris à manier tout cela sur l'île. Mais ce que j'aime, moi, ce sont les épices. Je connais leur histoire, la signification de leurs couleurs, et leurs odeurs. Je peux les appeler par leurs véritables noms, ceux qu'elles ont reçus à l'origine quand la terre creva comme une écorce et qu'elles jaillirent pour la première fois à la lumière. Leur feu court dans mes veines. De l'amchûr au safran, elles se plient à ma volonté. Sur un murmure de moi, elles me livrent leurs propriétés cachées, leurs pouvoirs magiques." Tilo, Maîtresse des épices, se voit attribuer un corps qui n'est pas le sien, une petite boutique d'épices dans laquelle petits et grands soucis trouveront leur remède. Mais Tilo ne s'arrêtera pas là ... Elle bravera les interdits et la colère des épices pour sauver des vies (des âmes), et pour l'amour d'un homme. Pour ceux qui aiment rêver, l'Inde, les fées (même s'il n'y en a pas ici), les glaces à la cannelle, les histoires qui finissent bien, ceci est pour vous. A lire et savourer.

Lamaitressedesepices.jpg Présentation de l'éditeur : Pour les familiers qui fréquentent le lieu clos et magique de son épicerie, Tilo est maîtresse dans l'art ancestral des épices. Elle a reçu ce savoir de " Première Mère " sur une île secrète de sa terre natale, l'Inde, au prix de l'obéissance à des règles strictes et dans le respect du service et de la dévotion : elle possède le don de faire chanter les épices, mais aussi de guérir comme une véritable thérapeute. C'est ainsi que, dans ce quartier d'immigrés d'Oakland en Californie, elle se penche humblement, secrètement, sur les malheurs de ses clients. Elle pratique les mélanges et les incantations, cherche pour chacun l'épice-racine, clef intime qui restaure l'équilibre du corps et de l'âme. Mais Tilo, au cœur généreux et plein de compassion, violera un à un les interdits, dont celui de l'amour, au risque de remettre en cause ses pouvoirs. Dans une prose imagée de conteuse, C. B. Divakaruni dose et brasse odeurs et saveurs en une composition magistralement pimentée, nous initiant à la sagesse des épices maniés comme une discipline pour soulager la détresse et servir les forces de vie.

La Maîtresse des épices de Chitra Barnejee Divakaruni, aux éditions Picquier, 2002, 400 pages.

L’instrument des ténèbres - Nancy Huston

Deux histoires mêlées : celle de Nadia, et celle de Barbe et Barnabé.

Nadia regarde en elle, ce qu’elle a vécu, ce que les gens autours d’elle ont vécu : ces parents, ses amants, ses amis … et le constat est amer. Nadia parle beaucoup de sa mère Elisa, comment elle l’a vu dépérir après la rencontre de son père Ronald. Elisa fut artiste musicienne, puis abandonna la musique pour son mari qui devint alcoolique, s’immergea dans la pénible monotonie des tâches quotidiennes et finit par s’évader … dans sa tête ! Plus que ça, Nadia (elle-même s’est renommée Nada, le néant) expose ses états d’âme, ses conversation avec le diable (Ô Daimon), son allié, son confident et sa source d’inspiration. Et Dieu ici n’a pas la part belle …

« Certains ont déménagés ; d’autres … se sont éloignés, … ; d’autres encore sont morts…, par leur propre main ou par la main de Dieu si tel est bien le nom de ce farceur sadique qui sème constamment la zizanie dans nos amours et dans nos espoirs, déchirant nos plans pour l’avenir et piétinant nos souvenirs du passé comme autant d’étincelles dans l’herbe après un feu de joie. »

Barbe et Barnabé naissent au 17ème siècle du ventre de Marthe que ne survivra pas à cet accouchement. Barnabé est confié à Dieu, son chemin ne sera qu’ascétisme, piété et dévotion. Barbe ira d’une maison à l’autre, une fois acceptée par Hélène comme enfant de la famille, et le plus souvent considérée comme une simple domestique. Barnabé suit la lumière de Dieu, Barbe le « côté obscur » ...

« … Mais c’est étrange, Et souvent pour nous entraîner à notre perte, Les instruments des ténèbres nous disent vrai ; Nous gagnent avec d’honnêtes vétilles, pour mieux Nous trahir en profondeur. Shakespeare, Macbeth. »

Ce sont de jolies histoires pleines de profondeur, de méandres, de tourments. C’est triste, mais peut être pas tant que ça. J’ai beaucoup aimé la façon d’écrire de Nancy Huston, et cela laisse le sentiment qu’elle se livre elle-même à travers l’univers mental délirant de Nadia. C’est simplement beau, troublant et envoûtant.

Instruments_des_tenebres.jpg


Mot de l'éditeur :

" Bientôt cinquante ans : suis-je vieille ? D'après Stella, on voit qu'on commence à vieillir quand les gens cessent de vous traiter "d'épatante" et se mettent à vous traiter de " brave " ou de " pétillante ".. Mais pour le moment il me semble que ma beauté, plutôt que se faner ne fait que s'infuser comme du bon thé, devenant chaque jour plus âpre et plus savoureuse. Combien d'hommes ont rendu visite à mon corps ? "

Une Américaine, écrivain, décide de retracer le parcours de jumeaux orphelins nés au XVIIIe siècle. Peu à peu, la vie de la narratrice rejoint l'histoire qu'elle a entrepris de raconter. A travers plus de deux siècles, Nadia et Barbe deviennent jumelles dans la négation de leur identité et de leur souffrance.

L’instrument des ténèbres de Nancy Huston, aux éditions J’ai lu, 1996, 251 pages.

Doggy Bag 1 & 2 - Philippe Djian

Doggy Bag

Je viens de terminer les deux premiers tomes (premières saisons ?) de la « série américaine » de Philippe Djian. Et Djian, depuis un petit moment me fatigue un peu avec ces types bourrés de frics complètement blasés qui passent leur temps à s’envoyer des putes et leur meilleures copines tout en roulant à 220 après avoir descendu 13 magnums de Dom Pérignon… Sexe / alcool / éventuellement came / nom de marques à tout bout de champs / fric / pognon / oseille / maille / fric / fric / encore un peu fric / personnages caractériels / fric / sexe... Tous ces réflexes là sont vraiment navrants. J’ai été habitué à plus d’inventivité, plus de profondeur… Alors OK, cette fois il s’attelle à la transposition des codes des séries américaines à la littérature. Voilà qui est tellement arrangeant ! Ah !

Djian est fatiguant donc. Oui. Mais tellement doué… Les séries américaines c’est quoi finalement ? La mise en place de personnages hauts en couleurs que l’on trouve souvent franchement too much pour commencer, dans des situations franchement exagérées, mais qui très rapidement font un peu parti de notre vie, qui s’imposent à nous comme ça, insidieusement. C’est nos potes de la télé ! Et bien les bouquins de la série Doggy Bag, ça marche pareil. Quand je dis « ça marche pareil », je dis bien que ça marche. Alors je me fiches toujours éperdument de savoir que le magasin de Hi-Fi qui est pillé pendant le déluge est un magasin Bang & Olufsen, que machin porte du Ralph Lauren, machine du Vivianne Westwood, une autre trip à mort sur Bright Eyes, etc… ça c’est vraiment du racolage de bas étages, mais le reste est tellement bon… Peut être aussi que je suis étroit d’esprit. Que j’accepte volontiers ces raccourcis de tendances à la télé mais pas dans un bouquin. Peut être. N’empêche que de voir écrit iPod, Porsche et Mercedes sur la même page… Pourquoi pas Dolce & Gabbana pendant qu’on y est !

Je conclurai avec ma courte (et personnelle) analyse du titre de la série. Finalement pourquoi doggy bag ? Ce petit sac pour rapporter les restes d’un repas à la maison, pour finir plus tard ou pour son chien. Une habitude pas très européenne, qui ne nous est pas familière quoi qu’il en soit. Où oserait-on demander un sac pour emporter chez soi une assiette à moitié pleine si ce n’est dans un endroit pas très select ? Ou encore quel genre de nourriture pourrait bien nous pousser à utiliser un « doggy bag » si ce n’est assiette remplie de saletés délicieuses, de gras beurré tellement crémeux, de bidules chimiques complètement irrésistibles, de trucs pas très équilibrés à ce damner ? Le Doggy Bag de Djian, c’est un peu ça. Du pas très digeste irrésistible. Comme le coca et les chips en même temps. C’est pas bon, mais c’est bon. Je me dis qu’il m’a bien eu et que j’en veux encore de sa tambouille. Deux trois assiettes de plus.

Les amants du Spoutnik - Haruki Murakami

Dans la suite de "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil", je me suis lancée assez rapidement dans la lecture des "Amants du Spoutnik. Toujours avec beaucoup de finesse, Haruki Murakami raconte une histoire d'amourS ... D'un amour unilatéral de K. pour Sumire, de Sumire pour Miu, de Miu pour qui d'ailleurs ? Le contexte est quelque peu mystérieux, les évènements "tournent" autour de Sumire, et pourtant j'ai eu beaucoup de mal à trouver Sumire attachante. J'ai lu finalement cette histoire de loin, et j'en garde un peu d'amertume au souvenir de tant d'amour inassouvi .... "A cette idée, je me sentis triste et seul - un malheureux insecte sans projet ni croyance, accroché machinalement à un mur élevé par une nuit venteuse."

Les amants du Spoutnik - Haruki Murakami

Présentation de l'éditeur :

K. est amoureux de Sumire, mais celle-ci n'a que deux passions : la littérature et Miu, une mystérieuse femme mariée. Au sein de ce triangle amoureux, chaque amant est un satellite autonome et triste, et gravite sur l'orbite de la solitude. Jusqu'au jour où Sumire disparaît... Les Amants du Spoutnik bascule alors dans une atmosphère proprement fantastique où l'extrême concision de Murakami cisèle, de façon toujours plus profonde, le mystère insondable de l'amour.


Les amants du Spoutnik de Haruki Murakami, aux éditions 1018, 2004, 270 pages.

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